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Produits exotiques « Made in France », agriculture et migrants

Résumé : 

D’où vient une partie de la menthe consommée par les Franciliens ? Et le maïs vendu à la sortie du métro ? Qui cultive les parcelles en bordure d’autoroute, abandonnées par les agriculteurs puisque les grands groupes alimentaires ne veulent plus y collecter les produits ?

 

Retour sur les Journées d’échanges «Migrations et milieu rural», organisées par le réseau CIVAM* et la fédération nationale Accueil paysan les 8 et 9 juin 2017, et plus spécifiquement sur les liens entre communautés migrantes et agriculture informelle.

« En travaillant sur l’agriculture de proximité, nous avons découvert des formes d’agricultures invisibles et informelles - dont l’importance n’avait pas été mesurée - et rapidement fait le lien entre agriculture de proximité et migrants », témoigne Monique Poulot, géographe (Paris Ouest-Nanterre) et membre du programme PROXIMA -Agricultures de proximité et marginalisations sociales. En étudiant trois territoires (la Plaine de France [Île-de-France], le Comtat Venaissin [Vaucluse] et la région suédoise de Malmö), l’équipe de PROXIMA a mis en exergue des types d’agriculture en marge des circuits traditionnels de location de la terre impliquant les migrants bien au-delà du rôle de saisonnier.

En France, les cultures réalisées par des communautés migrantes échappent généralement à la vue des passants, en prenant place sur des friches abandonnées. Aussi, il est difficile de connaître la surface occupée par cette économie « informelle », pourtant reliée aux circuits officiels de diverses manières : par la connexion aux réseaux (d’eau notamment) ou par l’implication d’acteurs de l’agriculture conventionnelle. Les modalités d'accès au foncier sont également officieux : baux oraux et précaires, occupations illégales, prêts de terres...

En Île-de-France, les chercheurs ont par exemple rencontré un agriculteur ayant passé un contrat avec un « contremaître » mauritanien pour du maïs récolté par des Maliens à la tombée de la nuit, puis vendu bouilli au petit matin sur les marchés parisiens. Le contremaître suit la pousse et la sélection des espèces depuis l’Afrique de l’Ouest.

De la culture informelle aux circuits de vente (plus ou moins) officiels

Récoltes ou productions informelles alimentent les circuits de vente en produits exotiques « Made in France ». Ainsi, « dans le Comtat Venaissin, se rendant compte que les produits vivriers se vendaient bien, les migrants d’origine maghrébine sont passés d’une agriculture vivrière à une agriculture de vente et cultivent de plus en plus de produits méditerranéens », précise Monique Poulot. Quant à la menthe des marchés parisiens, elle peut provenir de friches de la Plaine de France cultivées, également, par des Maghrébins. « Les supermarchés asiatiques franciliens proposent eux-aussi de plus en plus de produits d’origine française, nous rapporte Monique Poulot, en fin de conférence. Il faudrait s’intéresser au sujet communauté par communauté, mais certaines, comme celles d’Asie, sont plus difficiles à aborder. »

Le sujet des réseaux informels entre agriculture et migrants est si vaste que les chercheurs de PROXIMA projettent, via un 2e programme, de poursuivre leurs recherches en étudiant la situation nationale au regard de celle des États-Unis (où des programmes de formation à l’agriculture pour migrants sont déployés).

*CIVAM : Centres d’initiatives pour valoriser l’agriculture et le milieu rural (CIVAM)