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Le réseau des chambres d’agriculture se mobilise pour le bio

Résumé : 

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Le 6 décembre dernier, l’Assemblée permanente des chambres d’agricultures (ACPA) organisait sa journée nationale dédiée à l’agriculture biologique. Etienne Gangneron, président de la Chambre d’agriculture du Cher et du groupe « bio » de l’ACPA, revient avec nous sur quelques grands enjeux et défis de la conversion à l’agriculture biologique.

 

 

La journée « bio » de l’ACPA, c’est quoi ?

Etienne Gangneron : C’est un événement annuel qui réunit les conseillers et les élus des chambres d’agriculture autour d’un partage d’expériences, qui a vocation à nourrir les initiatives de terrain et à accompagner le développement de l’agriculture biologique dans les régions. Cette année, nos débats ont notamment concerné les défis techniques de l’agriculture biologique et les enjeux d’accompagnement des conversions.

Justement, quels sont ces enjeux ?

E.G. : Ils sont à la fois techniques et économiques. Il convient d’abord d’appréhender le changement d’échelle de l’agriculture biologique, qui connait ces dernières années une croissance de 10 à 15 % par an, quand la croissance des autres secteurs agroalimentaires se situe plutôt entre 0 et 2 % par an. Il y a donc un véritable défi de structuration de certaines filières agricoles biologiques, qui représentent aujourd’hui de 1 à 4 % de parts de marché dans leur secteur et qui dépasseront prochainement les 10 %. La valorisation des produits issus de l’agriculture biologique est un autre enjeu central. Jusqu’à présent, il a été possible de traduire dans les prix la qualité des produits biologiques et de préserver ainsi la chaîne de valeur. Or, avec le changement d’échelle probable des filières biologiques, et la grande distribution qui représente déjà plus de 50 % des produits biologiques commercialisés, il faudra veiller à ne pas reproduire les excès subis par l’agriculture conventionnelle, avec des produits parfois vendus à des prix inférieurs aux coûts de production. En outre, la valorisation des produits biologiques est variable selon les filières.

Notre rôle, en lien avec les membres des commissions « interprofessions », est notamment d’évaluer la maturité de chaque filière biologique et ses perspectives de développement dans une approche globale, par une structuration économique mais aussi par l’apport de solutions techniques. En effet, il apparaît nécessaire d’améliorer la robustesse des systèmes de production alternatifs de certaines filières. L’exemple le plus frappant est l’élevage porcin, où le biologique ne représente que 0,4 % du marché en raison de contraintes techniques et d’investissements préexistantes. Pourtant, un porc issu de l’agriculture biologique se vend à 3,4 euros le kg contre 1,5 euro le kg pour un porc issu de l’agriculture conventionnelle !

Comment le réseau des chambres d’agriculture répond-il au « boom » du bio ?

E.G. : Face à l’afflux récent des demandes d’accompagnement à la conversion biologique des exploitations agricoles, les chambres ont développé une offre multiservices, notamment au stade de l’installation, via un appui administratif, économique mais aussi technique, avec l’intervention d’ingénieurs ou d’agronomes. Le nombre de nos conseillers spécialisés dans l’agriculture biologique a ainsi augmenté, notamment pour répondre aux enjeux techniques de cette démarche de conversion.

Par ailleurs, au travers des stations d’expérimentations, les chambres disposent d’un véritable outil de R&D dans le domaine de l’agriculture biologique. Ces stations offrent en effet des références techniques locales totalement transférables et reproductibles dans les exploitations. Dans le Maine-et-Loire, ou encore l’Indre, des fermes bovines ont ainsi réussi à optimiser la valorisation de la viande biologique ou la qualité des fourrages par des mélanges d’espèces végétales. Dans le Sud de la France, des travaux sont menés dans le secteur de l’arboriculture, par exemple pour contrer les attaques des insectes par la pose de micro-filets. Une fois consolidés, ces résultats d’expérimentations et techniques innovantes sont partagés avec les agriculteurs de l’ensemble du territoire français.